Matthijs Vermeulen
aan
Editions et Publications de Lutèce (Renée Lacoste)
Amsterdam, 12 maart 1955
Samedi le 12 mars 1955
Chère Madame,
Une absence de plusieurs jours m'a empêché de répondre par retour du courrier votre aimable lettre du 5.
J’ai été content d’y lire que notre malentendu se dissipe.
Ce qui m'aurait contenté encore mieux c’est de trouver en rentrant chez moi les secondes épreuves. Ce nouveau retard m'a causé une vive déception.
Aujourd'hui néanmoins je chargerai ma Banque de faire les démarches habituelles auprès de l'autorité financière pour l’envoi de la somme convenue, soit 90.000 frs. J'espère que votre déclaration lui suffise, quoiqu’elle n'offre aucune garantie d'authenticité. Pour rester dans le réel j'ai décidé toutefois que le chèque ne partira qu’après réception en bonne et due forme des secondes épreuves, accompagnées, selon l'usage, des premières épreuves sur lesquelles j'ai fait mes corrections.
Je ne discuterai pas les frais supplémentaires de mes corrections d'auteur. J’y consens.
Mais je ne veux pas vous cacher que ces frais me semblent très élevés. Je ne puis pas ne pas remarquer que chaque page de mon livre me coûte plus de quatre cents francs en supplément, même les pages (et elles sont nombreuses) où il n'y a rien à changer ou très peu. Il ne m'échappe pas non plus le coût de mes corrections d'auteur approche sensiblement du prix d'une réédition tel qu'il a été fixé dans notre contrat du 22 juillet 1954.
Ces observations, auxquelles je pourrais ajouter quelques autres, je me les permets parce que je ne veux pas avoir l'air d'un étourdi, ou pire. Cela ne serait pas exact. Foin donc des querelles si ma complaisance me donne droit, dans l'avenir, à quelques ménagements.
Pour me rendre comte des conséquences que peut avoir le changement de firme et de catégorie littéraire, dont m'informe la fin de votre lettre, je ne possède pas les clartés nécessaires à mon jugement. Je ne m'oppose pas à ces modifications pourvu qu'elles n'impliquent aucun changement dans les stipulations de notre contrat précité.
Quant au reclassement dont vous me parlez, soyez convaincue, Madame, que j'apprécierai toujours, et hautement, la moindre marque de véritable compréhension. Elle agira à notre avantage. Je vous ai confié le sort d'un livre important. Il sera très bien à sa place dans une collection qui porte le beau titre Les Grands Problèmes Humains.
Un mot encore sur les corrections d'auteur.
Ce n'est pas gai, après une longue méditation et un travail acharné, de se voir contraint à remanier une partie de son ouvrage. J'ai la satisfaction maintenant d'avoir réussi, enfin, l'expression définitive et irréprochable de ma pensée. Si dans ce dernier effort de faire bien, j'ai peut-être négligé les ennuis que pouvait vous amener l'exigence d'une autocritique sévère, je m'excuse sincèrement de cet oubli.
Croyez, chère Madame, qu'il n'y a rien d'inamical dans mes réflexions, et veuillez agréer l'assurance de mes sentiments tout dévoués.
MV
concept
Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA
