19660321 Roland Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen

Roland Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

Angers, 21 maart 1966

Clinique ST Louis, Angers

le 21 Mars 1966

Mon cher Theys,

Ma chère Théa, chère Odilia,

Comme je vous le laissais pressentir sur ma dernière lettre, c'est d'une clinique d'Angers, que je vous écris ces quelques mots en ce premier jour de printemps 1966. En effet, pour mon état général – il a été préférable de ne pas attendre plus longtemps à enlever mon appendice et j'ai bien l'impression que je vais me porter beaucoup mieux que par le passé, ce qui est peu dire! Tout au moins que mes maux de tête constants depuis des années disparaîtront. Je suis opéré depuis Jeudi, il y a donc 4 jours d'aujourd'hui et pense sortir Jeudi prochain. Ce matin je n'avais plus de température.

Les jours sont longs dans un lit d'hôpital mais combien aussi, reposants. C'est dommage que ce soit dans de telles conditions mais un réel repos, une "étape-arrête" est nécessaire dans notre vie de fou maniaque de [lees: que] nous vivons aujourd'hui au point d'en oublier tout ce qui fait vraiment les valeurs fondamentales de cette vie.

J'en profite pour lire puisque j'en ai le temps et je lis un livre de Bernard Gavoty: 10 grands Musiciens, c'est la vie de Lully, Bach, Mozart, Beethoven, Schumann, Chopin, Liszt, Wagner, Debussy, Honegger. C'est raconté si clairement si simplement et d'une manière si émouvante qu'on a l'air d'être près de ceux dont on lit la vie. Si un jour Theys, tu as un cadeau à me faire, ou un héritage à me laisser, laisse-moi des livres car je ne ferais que lire si je le pouvais et lorsque j'aurai ma retraite il m'en faudra. J'ai toujours beaucoup regretté ta bibliothèque de Louveciennes qui est parti Dieu sait où?

Je vais terminer ici ma missive. Tout va pour le mieux et cela continuera dans les jours à venir – le sang des Van der Meulen est robuste et résistant il l'a prouvé et le prouvera encore. Donc confiance en avenir!

Joyeux et affectueux baisers à vous trois et à l'aube de ce printemps 1966 qu'en plus des beautés que nous offre la nature, les hommes veuillent bien nous conserver la paix, éteindre la guerre là où elle existe et donner du pain à ceux qui ont faim.

Roland

Si vous voyez Anny, gros baisers aussi.

R.

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA