19540915 Aline Rousseau-Leduc aan Matthijs Vermeulen

Aline Rousseau-Leduc

aan

Matthijs

Parijs, 15 september 1954

Paris, le 15 sept. 1954

Cher Theys,

Voici déjà quelques temps que je voulais vous écrire, mais avec les enfants, je n'ai pas grands temps.

C'était avec grand plaisir que j'espérais aller vous voir ce mois-ci – Nous avions fait des projets Jacques et moi et puis tout est manqué – Jacques a perdu son papa au mois de Juillet ce qui a tout changé. Pour rester près de sa maman, il s'est fait affecter au ministère – ainsi devons-nous rester deux ans près de Paris ou à Paris – comme nous trouverons à nous loger. Ainsi nos vacances sont finies et il faudra attendre une autre année pour nous revoir et bavarder avec vous. Pourtant j'aurai été si contente de retrouver le passé que je regrette toujours autant. C'était un bonheur que je ne retrouverais jamais. Il y en a d'autres bien sûr – Il faut savoir être heureux malgré les peines que l'on a eu et qui reste[nt] marquées. La vie aurait été trop belle!

Mes enfants sont mignons, un peu diablotins, je voulais envoyer Philippe et Catherine dans un jardin d'enfants pour avoir quelques instants de paix mais comme nous devons partir d'ici le 15 octobre et que nous ne savons encore où aller – pour un mois, ce n'est pas la peine.

Comment allez-vous et Théa et la petite Odile? a-t-elle fait des progrès en Français? J'aurais bien voulu la connaître pourtant – ce sera pour un peu plus tard.

Depuis que je suis en France j'ai laissé la musique par manque de temps – mais il faut absolument que je reprenne des leçons car elle me manque beaucoup et mon plus grand plaisir est de jouer du piano et de chanter – quoique pour le piano je ne sois pas très forte en technique. J'espère qu'un de mes enfants au moins sera musicien et je voudrais pouvoir l'aider au début.

Peut-être aurez-vous un jour la visite de Robert – il va parfois en Hollande pour son travail (il s'occupe de la douane chez Simca) je lui donnerai votre adresse –

Je vais assez souvent au cimetière de Louveciennes sur la tombe de grand-mère et je n'oublie pas celle de Fofo. Il n'y a plus de rosiers et elle est bien délaissée, à chaque fois j'enlève l'herbe et mets quelques fleurs. Il faudrai[t] que j'aie le temps de tailler le buis et de planter des pensées, mais si vous voyez ou écrivez à Donald, vous pourriez lui dire de penser un peu à la tombe de sa maman. Je ne comprends pas qu'en étant si près, des enfants oublient ainsi leur mère – Cela vous aurait fait aussi certainement de la peine si vous étiez venu croyant trouver tous les rosiers en fleurs, de ne trouver que de l'herbe.

Très cher Theys j'espère avoir bientôt une bonne lettre de vous me donnant de bonnes nouvelles de tous trois, et je vous embrasse très fort.

Aline.

Il est préférable de m'écrire chez maman car je ne sais où nous irons à partir du 15 octobre (Leduc 3 allée de la gare Louveciennes S. et O.)