19620415 Roland en Marcelle Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen

Roland en Marcelle Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

Saumur, 15 april 1962

Dimanche 15 Avril 1962

Mon cher Theys,

mes chères Théa et Odile,

Ne soyez pas surpris de recevoir une enveloppe écrite par Donald et une lettre de ma main, en voici l'explication.

Première lettre de Donald depuis plus de 2 ans qui fait apparaître une transformation morale très profonde chez lu, Donald me prie dans une seconde lettre non moins exaltante et exaltée de te transmettre cette lettre en me joignant une enveloppe timbrée. Je ne pense qu'accéder à son désir et te laisse seul juger de l'état d'esprit de Donald. C'est un brave fils et frère de grands désirs généreux et plein de courage. Je lui ai répondu que j'avais trouvé la stabilité à Angers que nous y faisions bâtir notre maison et que nous regrettons de ne pouvoir accepter son invitation. Donald l'a bien compris et nous a répondu gentiment, que l'avenir fera le reste.

Quant à nous la vie continue: notre maison à monter, à grandir, pendant de moi-même je suis cloué au lit depuis trois semaines par une très douloureuse sciatique qui m'empêche tout mouvement. Cela a débuté par un lumbago il y a 2 mois. J'ai forcé et c'est descendu dans la jambe gauche. Cela provient d'une hernie discale dans la colonne vertébrale et si cela ne s'améliore pas il faut songer à l'opération, ce qui ne nous enchante guère, d'autant moins que cette année nous avons tant à faire (en autre la Communion solennelle de Philippe).

Marcelle après un hiver long qui l'a fatiguée, semble répondre avec les beaux jours en perspective. Nos 4 enfants sont en vacance après un trimestre assez bon dans l'ensemble, chacun ayant fourni un gros effort: Marie France est 6e sur 34 ayant gagné 18 places, Joëlle est 1ère sur 15, Philippe plus moyen est tout de même au tableau d'honneur, Marc toujours dissipé a perdu de places (6) est 12e sur 32 –

Je souhaite que vous avez passé un meilleur hiver que nous – Je vous souhaite bonne et joyeuse fête de Pâques et vous embrasse tous trois bien fort

Roland

Comment va Anny? aucune nouvelle depuis son départ pour Laren.

Joyeuse Pâques, chers Theys, Théa, Odile et Anny – Bons baisers de nous tous –

Marcelle

ingesloten brief van Donald Van der Meulen aan zijn broer Roland:

Paris le 25 Mars 1962.

Cher Roland,

Que notre père ait sur terre une grande mission à accomplir cela te semble sans doute une vérité bien connue. Vois là pourtant une certitude à laquelle, petit à petit, années après années, je suis arrivé. Et maintenant il faut que je te la fasse partager.

Que l'on prenne sa mission sur le plan artistique et déjà la chaleur de ses créations vous emporte vers cette certitude. Ce ne serait que flambée claire et lumineuse, si l'on ne voulait voir sous la cendre rougeoyante et puissante toute la réserve de la mission spirituelle qui en est la base.

Voyons Roland comment cela se traduit dans notre vie à nous. Cet homme qui est notre père, dont l'essence de vie est la liberté même, fonde une famille sur un amour comme il en fut rarement au monde. C'est cet Amour, seconde de ses nombreuses Essences – qui vient lui apporter ses premières entraves. Belligérant, pacifiant, il trouve cependant à s'en accommoder. A sa façon que nous, ses fils, nous devons trouver la bonne. Car elle obéit à l'impérieuse nécessité de sa mission spirituelle – Que nous enfants nous ayons trouvé la soupe amère cela ne doit pas nous empêcher adultes de reconnaître qu'elle nous fut salutaire – Tout ce qui peut nous apparaître, même avec le recul des ans, désagréable, doit s'effacer devant l'image de cette impérieuse nécessité, rebâtissant en nous un sentiment de profonde obéissance. Pour que se développe cet être exceptionnel et au-delà que s'accomplisse sa mission il nous fallait passer par là.

Par toutes les beautés dont nous nous souvenons aussi et dont nous lui sommes aussi redevables. Par les adversités que nous avons essuyées, sur le tableau noir de la vie pour qu'apparaisse immaculée la signification de notre vie.

Qu'en particulier les quatre fruits de ce grand Amour aient été systématiquement détournés des hautes sphères intellectuelles pour les diriger vers des tâches plus humbles cela doit nous sauter aux yeux. Cela doit parler.

A l'époque où nos bras commencèrent à être vigoureux nos premiers travaux furent de remuer la terre. Anny plus frêle fut destinée à remuer la poussière. Quelle intelligence n'aurait-elle pu constituer, cette fille racée, ce mélange de sang nordique et de sang jaune? Toi Roland tu retournas la terre d'Allemagne – Josquin remua la terre du cimetière de Louveciennes, le savais-tu? au service de Mr Alloncle – Tu peux encore parler avec François sur cette époque. Quant à moi pour faire rouler la charrette de bois je dus en déplacer aussi de la terre – Cela s'appelle la Destinée, le Passé, qu'il est bon de regarder pour en comprendre la technique, l'orchestration et savoir ou pressentir sur quel mouvement se poursuit ou peut se poursuivre la symphonie.

Car cependant que se développait le thème principal, notre Père, les quatre dessins, les sous thèmes qui prirent nom Anny Roland Josquin, Donald devaient doivent encore, devront toujours s'effacer. Et je n'ai pas la force de chanter celui qui fut le plus beau celui qui s'effaça toujours en donnant le ton de la symphonie, celui de Fofo.

Et l'on doit pas voir, interpréter le développement du thème unique comme une manifestation d'égoïsme, d'égocentrisme. Non, non cent fois non! Il nous faut nous les deux seuls fils encore vivants sur cette terre, reconnaître en tout Amour le chemin d'un devoir, d'un destin dont notre Père n'était pas maître. Et je peux te dire, moi, qui revint les yeux gonflés de l'hôpital de ST Germain lui annoncer ce qui l'a le plus frappé sur cette terre, moi qui ai vu son regard lorsqu'il comprît ce qui était arrivé ce jour de septembre 1944, je peux te dire que si grand que soit notre père il obéit aussi à plus Grand.

Et nous nous devons de l'aider à obéir. C'est ce que je m'efforce de faire depuis près de dix ans en spiritualisant mes activités manuelles – Je suis heureux aujourd'hui d'avoir acquis un métier manuel celui de plombier zingueur je crois te l'avoir dit déjà. Avec ce que les fils de Matthijs réalisent de leurs mains en pensant à lui, notre père emmagasine une richesse une force qui l'aide à remplir sa mission. Ainsi accomplissons-nous la nôtre. Encore cette richesse cette force n'est-elle emmagasinée que lorsque le travail est bon sinon parfait. Voilà un idéal de travail tu as certainement. Je peux te certifier que depuis la quinzaine d'années que je m'y suis mis j'ai appris à le connaître à l'aimer. Je recherche à présent toujours la Perfection. Quoique cela paraisse à beaucoup une utopie, il est nécessaire que les fils de Matthijs la prennent comme règle.

Au contact de mes jeunes, j'ai appris à la faire aimer, je l'ai alors tant aimé moi-même que j'ai compris ce qu'elle signifiait.

Mais tu peux t'imaginer comme il est difficile de faire partager ce point de vue. Comme tu le sais sans doute nous avons rallié la région parisienne. Ici pour un plombier la vie se gagne plus facilement. Et puis c'est tout de même 'notre' fief. Je travaille pour un employeur mais en plus tu l'imagine bien je fais des bricoles dans les pavillons de la banlieue. Cela me rôde pour le jour où je vais me lancer dans l'entreprise. J'ai pour m'aider la 2cv de Janine puisque pour l'instant sa santé ne lui permet pas de s'en servir. J'ai accumulé déjà aussi un joli capital d'outils et chaque jour je pense à le faire grossir.

Sur un dernier chantier de mon employeur j'ai connu un vieil espagnol de 55 ans qui est maçon-carreleur – depuis qu'il n'a plus sa carte de travail je lui trouve du travail chez mes clients personnels qui en général avec la plomberie me demandent du carrelage ou de la mosaïque – Je réussis à lui faire gagner 22.000 la semaine pour 60h de travail environ – C'est peut-être beaucoup d'heures mais à dire le vrai le travail n'est pas pénible. C'est à l'intérieur faire des petits murs, des cloisons, du dallage bref ce n'est pas de la grosse maçonnerie.

Plus je vis avec cet Espagnol, plus il me semble avoir pris ta place Roland. Souviens-toi Roland que je suis venu te surprendre creusant ton puits.

Cherchons ensemble la Vérité. N'aspires-tu pas souvent à ce beau métier de bâtisseurs? Tes mains ne te brûlent-elles pas du désir d'agir, de faire monter pierres après pierres ces remparts de force dont nous avons besoin sur cette terre? N'aspires-tu pas à l'âge où l'on domine déjà certaines hauteurs, à cet Amour fraternel, cette union tant rêvée dans les jeunes années, cette communion dans l'effort?

Eh bien Roland, voilà ce que tu peux trouver en moi. Tous ces sentiments basés sur une foi profonde. Pas des sentiments jeunes qui n'ont pas l'expérience. Non, de vieux sentiments que jamais je n'ai pu t'exprimer mais qui, il y a longtemps sont nés en moi. Et si c'est par Amour que je te les apporte c'est aussi par devoir car l'heure est venue, tu dois le sentir, de nous réunir.

Notre réunion n'a pas eu lieu dans le Nord. Mais dans notre 'fief' elle aura raison d'être, elle sera fructueuse.

Nous rebâtirons autour de Paris le réseau de relations que notre Père commença il y a plus de quarante ans. Je demanderai au Saint Esprit de t'inspirer pour que vite tu sois décidé à ce retour et que Marcelle aussi y trouve la joie de sa vie.

Il y a tant de travail dans cette région, que notre vie symbole de foi et d'action, rayonnera sur tous nos enfants, remplissant les mères de bonheur –

Tu feras Roland, un retour sur toi-même pour comprendre que ce beau métier que tu as appris c'est dans le but de t'en servir. Que cela avait une signification. Tu auras la foi de te retourner vers cette porte humble qui peut t'amener, si tu veux bien te courber pour la franchir, au plus grand bonheur. Je te le promets.

Bien sûr tu auras l'impression de faire un grand pas en arrière, mais quel saut en avant en fait cela représente. Sois fort Roland écoute la voix de ton petit frère. Tu as toujours aimé les ballades avec moi. Allons – viens je t'invite à une grande ballade et je t'entraînerai encore une fois à Chartres

ton Donald.

Bons baisers à toute la famille.