19561012 Matthijs Vermeulen aan Donald en Janine Van der Meulen

Matthijs Vermeulen

aan

Donald en Janine Van der Meulen

Amsterdam, 12 oktober 1956

Amsterdam

Herengracht 330

le 12 oct. 1956

Mon cher Donald, chère Janine, Dominique et Josquin,

Le temps m'a manqué pour vous répondre à votre lettre grandement émouvante du 23-IXre. Nous espérons vivement que vos épreuves vraiment douloureuses soient terminées. Nous regrettons infiniment de ne pouvoir rien vous offrir que notre compassion, notre admiration aussi pour la bonne humeur avec laquelle les adversités sont supportées.

Quoique j'aie cessé d'écrire dans De Groene il y a eu beaucoup à faire. Ma correspondance était très en retard. Elle l'est encore du reste! C'est pourquoi ce mot que je vous envoie aujourd'hui sera court, je crains.

Comme vous voyez nous sommes encore ici. C'est parce que la maison que la dame, qui habite notre petite villa à Laren, fait bâtir, n'a pu être prête le premier octobre, et qu'en outre cette dame est devenue malade.

Nous pensons emménager à Laren le 1er Nov. Ce délai m'a contrarié beaucoup. Je suis très impatient de partir d'ici. Heureusement notre propriétaire ne nous a pas fait de difficultés pour ce prolongement de son permis de séjour!

L'autre semaine au premier concert de la nouvelle saison du Concertgebouworkest il est arrivé à Thea un petit accident qui, j'espère, ne compliquera pas les choses. Elle a fait un faux pas et est tombée de la petite marche à gauche de nos places dans le Concertgebouw dont Donald peut se souvenir. Elle s'est blessée assez sérieusement au genou et doit encore garder le lit. L'os, heureusement, n'est pas touché. Rien qu'une contusion de la chair et des muscles, mais énorme. Elle ne souffre pas, mais les inconvénients dureront encore quelques jours. La cause doit être attribuée à une légère inattention comme on en a quand on est fatigué. Je n'étais pas là, hélas, autrement cela ne serait pas arrivé. Car depuis nombre d'années je suis plein d'inquiétude, et cela rend précautionneux et extrêmement prudent. Mais ainsi on évite beaucoup de bosses, etc. Tu dois t'en souvenir aussi, Donald, puisque tu t'es quelquefois moqué de moi dans le temps. Mais la prudence deviendra de plus en plus une vertu que je ne peux pas recommander assez!

Odile va bien. Nous nous amusons beaucoup ensemble à des jeux forts remuants. Avec ça elle est toujours aussi sensible, sensitive, gentille, gaie et intelligente, complaisante et serviable, sans une trace de rancune après quelque mésentente. Si elle reste pareille elle sera une femme idéale pour le mari qui la méritera –

J'ai commencé de griffonner quelques notes de musique. Mais le véritable travail n'est pas encore entamé. Il faudra d'abord que j'oublie, que je nettoie ma mémoire, que j'en éloigne tout le bric à brac, toutes les vieillotteries qui se sont entassées dans ma tête depuis les dix ans que j'ai dû visiter quelque deux mille concerts! Et il me faut guérir par surcroît d'autres blessures que certains gens n'ont pas cessé de me faire. Je me suis mis déjà à cette cure.

Ayons confiance, mon cher Donald, l'un en l'autre, l'autre en l'un, et faisons tout, à nous deux, pour la justifier. Je vous embrasse tous les quatre avec quelques bons baisers affectueux, de Thea et d'Odile pareillement.

ton

Miaou

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA