19550226 Matthijs Vermeulen aan Howard Hartog-concept

Howard Hartog

aan

Matthijs Vermeulen

Amsterdam, 26 februari 1955

le 26 fevr. 55

Cher Monsieur Howard [lees: Hartog]

Permettez-moi de vous répondre en français à votre lettre du 19, parce que je m'exprimerais mal en anglais.

Je doute fort que je puisse faire votre affaire.

Voyez mon cas:

Il y a plus de trente ans que je me suis posé le problème musical tel qu'il se pose encore aujourd'hui dans le monde entier. A savoir: comment dépasser techniquement et esthétiquement les limites atteintes par les maîtres d'alors, qui se nomment Debussy, Schönberg, Strawinsky, Mahler, Strauss.

J'ai résolu ce problème avec une musique de mon invention dont l'ensemble et les éléments constituants/formatifs sont bien ma propriété, et qui, par surcroît est intelligible, accessible et pas facilement imitable.

Seulement voilà: Cela intéresse si peu les critiques qu'on dirait qu'il n'y a plus de critique. Cela n'intéresse pas le public. Ni les chefs d'orchestre, qui ont peur de la véritable nouveauté et qui ne me trouvent point assez commode. Car une langue nouvelle cela demande quelques études. Ils n'en ont pas le temps ou n'en sont pas capables. Et puis: les répétitions cela coûte.

Vous comprendrez donc le manque d'attrait, le manque de sens qu'il y a pour moi d'écrire sur des contemporains et des compatriotes qui sans exception s'occupent à perpétuer des formules vieilles. Personne ne désire quitter ses habitudes. On ne fait même plus semblant. Ni ici, ni ailleurs.

Voulez-vous sortir la musique de cette impasse? Evidemment vous chercherez en vain quelqu'un qui écrive raisonnablement sur moi. Mais nullement découragé, c'est avec plaisir que je ferai un exposé théorique des idées dont mes cinq symphonies sont la réalisation.

Pour un vrai symposion ce serait indiqué! Sincèrement et cordialement

MV

concept

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA