19540109 Matthijs Vermeulen aan Donald Van der Meulen

Matthijs Vermeulen

aan

Donald Van der Meulen

Amsterdam, 9 januari 1954

Amsterdam

Herengracht 330

le 9 janvier 1954

Mon bien cher Donald,

Merci de ta lettre. Je ne pense pas encore te répondre longuement. Tout le temps il y a trop à faire. Pense donc: en novembre 30 concerts; en décembre presque autant. Et ça continue. Il serait absolument inutile, et même impossible (pour nous) que tu viennes ici tant que ça dure. Rien à faire. Je t'ai déjà expliqué. Il faut attendre jusqu'après Pâques. Peut-être les grandes vacances. On verra encore. Il faut t'arranger aussi de façon que Janine puisse venir avec toi sans quitter son travail. Tu n'as pas le droit de la laisser seule sans nécessité. Et nous voulons bien faire sa connaissance. Elle logera chez nous. Toi à l'hôtel. Mais pour maintenant, et tant qu'il y a tous ces concerts c'est complètement impossible. Il faut attendre.

Merci de tes bons vœux et souhaits. Odilia dit, quand je lui parle de toi: "Je veux que Donald vienne encore ici". Nous t'aimons bien, je t'assure. Mais il faut attendre. Pas de bêtises!

Je suis content que tu t'es réconcilié avec Roland. C'est au fond un brave garçon, plein de bonne volonté et j'espère qu'il persévérera.

Mais je désapprouve formellement que tu t'es servi de la voiture de Janine pour te rendre chez lui. Si tu avais eu en route une panne ou autre chose, tu aurais pu mettre Janine dans un grand embarras. Tu n'as pas le droit de risquer ça. Il n'est pas bon non plus de rouler toute une nuit sans raison majeure. Epargne tes forces. En tout cas cela ne vaut rien de les gaspiller. Tu aurais mille fois mieux fait de prendre un autobus ou le train. Pas de romantisme. Il faut être réaliste. Rien de plus beau avec un cœur fervent, que d'être réaliste. Ecoute-moi je t'en prie. Si Janine a des mérites, ton premier devoir est de la mériter.

Tu ne m'as jamais raconté pourquoi tu as perdu un travail qui me semblait te plaire pas mal. Je voudrais bien le savoir.

Dans ta lettre il y a un mot que je n'ai pas pu déchiffrer, et Thea non plus: Onnen a l'air plutôt ...... J'aimerais bien entendre de quoi il a l'air! La dernière fois que je l'ai vu c'était avec Lia au festival de Schéveningue, il y a deux ans. Donne-moi son adresse. Je l'ai perdue. Demande-lui si tu le vois un jour (cela ne presse pas!) s'il a lu dans quelque publication française quelque chose sur le Concours de Bruxelles, et sur ma symphonie. Moi, je suis presque entièrement sans renseignements sur la manière dont les gens du métier ont accueilli ma musique.

Le Prix a un peu rétabli l'équilibre de nos finances. Nous avions des dettes et cela m'agaçait. C'est jusqu'ici le principal avantage de cette victoire paradoxale. Car pour moi c'est un véritable triomphe d'avoir pu me mesurer en 1954 avec des gens de trente ans et de rester au moins à égalité avec eux en envoyant une œuvre qui a été composée en 1920. Mais il y aura sûrement beaucoup de personnes qui avaleront cela très difficilement. Ce n'est pas de ma faute! Toute cette histoire est très remarquable.

J'ai fini pour l'instant avec cette lettre. Elle est devenue plus longue que je n'attendais. J'ai toujours oublié de te remercier de ton petit flacon de Vodka! Elle était bien délicieuse. Mais ne m'en expédie plus si tu te mets en tête de me faire un petit cadeau d'anniversaire. Depuis un certain temps je ne bois plus d'alcool, ni de vin. Je bous bien assez sans artifices!

Alors, embrassons-nous. Sois sage. Embrasse aussi Janine de notre part. J'ai dans le cœur un fond de souci qui ne veut pas me quitter. Je t'embrasse en vous faisant mes vœux les meilleurs, qui sont aussi ceux de Thea.

ton Miaou

Ta lettre datée du 21-12-53 est arrivée ici il y a trois jours. Probablement à cause des grèves. Je t'adresse cette réponse donc Rue d'Edimbourg.

louter als fotokopie van autograaf overgeleverd

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA