19530918 Donald Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen

Donald Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

Parijs, 18 september 1953

Paris le 18 Septembre 1953.

Cher Miaw,

chère Théa, chère Odile,

Tout d'abord et pour ne pas perdre le fil de nos idées, grand merci Thys, pour ta lettre d'anniversaire qui m'a fait beaucoup de plaisir. Je suis chagriné de n'avoir pas su ou pas voulu, ou pas pu, répondre plutôt (en deux mots ce serait mieux). J'ai traversé une période trouble depuis ce temps dont vous avez eu certainement des échos par Anny. (A propos j'ai appris le 15 alors que je voulais reprendre contact avec elle et lui souhaiter son anniversaire à Bailly qu'elle était chez vous, je lui ai laissé un petit mot des fleurs et un présent, elle devait rentrer parait-il le lendemain). Cette période trouble c'est ma séparation d'avec Trudi. Rien n'est plus pénible que de relater une chose pareille, vous pouvez bien l'imaginer, aussi ai-je attendu le recul du temps pour vous en parler. Je ne le ferai qu'incomplètement d'ailleurs préférant de vive-voix vous faire comprendre, ce que je n'en doute pas, vous trouvez incompréhensible. J'ai donc quitté Trudi Clarisse et Norbert au début du mois de mars, les laissant à Louveciennes dans le grenier: J'ai pris un autre grenier, plus réduit celui-là, au 6eme d'un immeuble, une chambre de bonne près de la gare St Lazare (11bis rue d'Edimbourg où tu peux m'écrire j'y suis encore). Je me suis éloigné d'eux tout en continuant dans la mesure du possible à veiller sur leurs besoins. Le début a été pénible mais la séparation s'étant bien faite telle que je le-désirais c'est à dire franche, sans heurts et dans une mutuelle compréhension, pour le mieux des intérêts de nos enfants, il n'y a pas lieu de s'alarmer sur nos sorts. C'est ce que je voulais avant tout vous dire [–] j'imagine bien le souci que vous devez vous faire en y pensant et je souhaite qu'il se dissipe à la lecture de cette lettre.

Voici donc en résumé l'histoire de ces derniers mois à Louveciennes: les enfants partent à Vienne au mois de Juin. C'est la grand'mère qui est venue les chercher à Paris [–] ils y restent jusqu'à la fin Juillet où Trudi va les chercher pour les ramener à Louveciennes. Norbert parle le Viennois comme un vrai, Clarisse bien sûr aussi [–] ils ont bien profité de ce voyage. Pendant leur absence Trudi a fait connaissance d'un homme très bien parait-il dont le désir est de l'épouser avec ses deux enfants. Le divorce est donc entamé par Trudi, en accord avec moi, je lui laisse les deux enfants. C'est donc leur nouveau père que les enfants retrouvent après leur voyage de Vienne. Quelques mots sur cet homme qui pendant leur absence a mis tout en œuvre pour embellir le grenier où il attendait avec impatience ses futurs enfants qu'il ne connaissait pas encore. Il a je crois trente cinq ans, dessinateur à la SNCF très travailleur [–] aime beaucoup la vie de famille et les enfants. Il vient de divorcer sa première union ne lui ayant donné aucun enfant. Très sportif, très sain. Toutes choses rapportées par Trudi moi-même n'ayant jamais vu la personne si ce n'est en photographie, qui semble-t-il concorde bien avec ce que l'on peut imaginer. Lorsque je remets à Trudi la pension de chaque mois elle me rassure de vive-voix sur la santé des enfants et leur heureux comportement. C'est ainsi que je sais que Clarisse a beaucoup grandi et beaucoup forci. Je ne les ai pas vus depuis le mois de Mars. Trudi ne veut pas que je les vois, pour ne pas les troubler, dit-elle, et comme je comprends tellement bien cette attention je ne contre en rien ce désir. Je les entends quelque fois au téléphone alors qu'ils croient que c'est Jean (c'est le prénom de celui qui me remplace) et d'entendre leur voix est un grand point de repère pour moi (c'est curieux comme en cherchant ses mots on arrive au cocasse malgré le touchant de la situation).

Un point sur le passé. Le présent, l'avenir je voudrais en parler de vive-voix cette année avec vous. Je vous ai déjà joint pour vous rassurer. J'ai la réponse de Thys – entièrement d'accord – j'attends – Je vous embrasse et vous aime

votre fils heureux Donald –

Si la revoyure devait tarder d'un coté Anny se chargera de vous en parler, d'un autre je prendrai une autre enveloppe pour ne point trop charger celle-ci

Donald –