19500319 Donald Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen

Donald Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

Louveciennes, 19 maart 1950

Louveciennes

le 19-3-50 –

Cher Thys, chère Théa, chère Odile,

Avant hier votre charmante carte nous a donné de vos nouvelles. Merci pour de si belles fleurs qui sont arrivées juste le jour de la fête de Trudi, c'est on ne peut dire plus au point. Il est vrai qu'il y a longtemps que je ne vous ai écrit. Tout va bien chez nous et c'est seulement une négligence de ma part venant de ce que j'ai beaucoup de travail en ce moment. Je fais environ dix heures par jour avec deux heures de voyage vous voyez ce qu'il reste. Et puis la semaine passée ces voyages ont été difficile [–] la grève du métro et des autobus à Paris est une chose que tu n'as pas encore vécue, Miaw. Tu peux te représenter quels encombrements de voitures et piétons à la surface à ce moment là! Il faut alors faire du stop pour aller travailler et faire aussi à pied un peu puisque de ST Lazare à la Nation il y a tout de même un bon bout. Enfin tout se passe dans le calme relatif.

Mon travail marche toujours bien je deviens un peu plus Juif tous les jours puisqu'il faut faire de bonnes affaires –

A la maison les enfants vont bien. Norbert commence à devenir un garçon, il a déjà une bonne tête. Clarisse devient plus fillette elle voit déjà mieux le charme d'un jeune papa! Quand elle s'assoit sur mon genou et que [je] la questionne un peu gentiment elle me parle de "Affi" et imite le singe qui mange ses puces et puis vient "Otile" le O'papa et puis "Thaa" le "wagi" aussi dans lequel était sa tante. C'est ainsi qu'elle exprime ses souvenirs d'un bel été passé comme une vision de rêves.

Ici le printemps a fait son apparition avant hier [–] aussi j'ai remarqué le premier arbre en fleur lorsqu'un peu attardé j'allais au travail, du train je vis dans la pépinière à Lécolier cet arbre se détachant des autres. J'étais un peu de retard ce matin-là car j'avais préparé une surprise au saut du lit pour ma Trudi. Oh! pas beaucoup: dans sa petite cuisine un bon feu une table gentiment couverte avec des fleurs cachées la veille, et un bon thé de Hollande (que je salue en passant!) fumant dans nos tasses. A peine avions commencé notre déjeuner que Clarisse remua – Trudi la prit dans ses bras et lui fit partager notre petite fête. J'expliquai bien à Clarisse pourquoi ce jour était à marquer et lui demandai d'être bien sage pour cette raison toute la journée. Car il arrive (hum...) qu'elle soit un peu dure à tenir dans la maison (comme dehors d'ailleurs) mais ce jour elle fut l'enfant la plus aimable et gentille que sa mère n'ait jamais connue.

D'Anny nous savons qu'elle vient de passer de beaux jours sur la Côte d'Azur une carte nous en a averti –

De Roland pas de nouvelles.

Nous pensons bien à vous et la nouvelle qu'Odile trotte déjà nous a bien fait plaisir. On peut se la représenter facilement! Je vais tâcher de surmonter mon travail, de reprendre un peu de liberté d'esprit pour vous écrire plus souvent. Pour l'instant c'est lui qui me tient... Je vous embrasse bien fort tous trois et vous joins les baisers des miens

Donald –