19491014 Matthijs Vermeulen aan Donald Van der Meulen

Matthijs Vermeulen

aan

Donald Van der Meulen

Amsterdam, 14 oktober 1949

Amsterdam

Vendredi-soir 14 oct. 1949

Heerengracht 330

Mon cher Donald,

Chères Trudi et Clarisse,

et cher Norbert peut-être,

Tu n'as rien raté, mon brave Donald, et tu as bien fait de ne pas me reconnaître dans les "modernes" que tu écoutais ce mercredi-soir. Car l'audition de ma symphonie n'a pas été radiodiffusée. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je me trouve en grand désaccord et en sérieuse polémique avec un des directeurs de la Radio hollandaise. La nouvelle de ce fâcheux changement me fut seulement communiquée mercredi-matin, et encore par hasard. Quant à moi cela ne me fit ni chaud ni froid. Mais d'ici je voyais ton désappointement et le petit martyre, la torture que tu subirais dans la soirée en cherchant ce Hilversum en vain. Cela m'a tourmenté toute la journée. J'ai encore pensé t'envoyer un télégramme, mais j'ai préféré avoir confiance en ton bon sens. Le concert d'ailleurs n'était pas fameux; il n'y avait pas de musique en l'air; rien n'avait de l'accent. Ce fut une répétition générale à peu près passable, rien de plus. Mais l'exécution de jeudi a été superbe, je peux dire sublime; j'étais tout à fait emporté. Mais ce concert-ci n'a pas été diffusé non plus. Malgré cela je suis très content. Pour une partie du public l'œuvre était trop neuve et pas mal de gens ont quitté la salle pour témoigner de leur colère. Mais la grande majorité des auditeurs a fait à la symphonie un accueil presque enthousiaste. Pour une musique hardiment novatrice c'était vraiment assez beau. Je m'y attendais à peine. Je n'y avais même pas pensé. Donc pas de défaite. Mais pas encore de victoire non plus!

Je regrette énormément de t'avoir exposé à une telle épreuve; mais en lisant ta lettre j'étais heureux de pouvoir me dire qu'en somme tu l'avais bien supportée. Toi, tu ne dois nullement t'inquiéter de l'avenir. Tu peux toujours compter sur trois parachutes: d'abord sur le tien; ensuite sur le mien, qui est le même que celui de Thea; troisièmement sur celui de Fofo. Donc pas d'inquiétude mon petit Donald. Nous sommes là et tout ira bien. S'il y a un mauvais quart d'heure à passer de temps en temps affronte le avec vaillance et avec certitude. Car tu as même quatre parachutes! Car j'oubliais celui de Trudi, qui est une femme que nous aimons et admirons beaucoup, et qui t'aidera avec son beau courage, et son bel amour. Et pour finir: tu as encore celui de Clarisse et son gentil regard, son lumineux sourire!

Je n'ai pas encore le temps de t'écrire plus longuement. Ma correspondance a des retards terribles! Patiente donc. Nous vous embrassons tendrement. Compte toujours sur moi, mon petit Donald.

ton

Miaou

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA