19491004 Donald Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen

Donald Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

Parijs, 4 oktober 1949

Paris le 4-10-49

Cher Thys, chère Théa, chère Odile,

Voilà la rentrée est faite. Après une semaine au lit sans pouvoir manger, j'avais une stomatite aphteuse après ma grippe, j'ai repris mon travail hier. Trudi la pauvre avec tout ce qu'elle endure déjà m'a soigné comme un ange. Avec l'aide du "corbeau" je m'en suis rapidement tiré non pas grâce à lui mais enfin avec ses bons conseils – C'est affreux d'avoir une bouche aussi douloureuse sans même savoir d'où viennent tous ces petits boutons. Il y a plusieurs cas à Louveciennes comme le mien – Heureusement Clarisse et Trudi n'ont rien attrapé.

Nous attendons d'un jour à l'autre que Trudi nous apporte l'héritier attendu! Déjà les douleurs se font sentir et l'autre nuit à trois heures du matin elle a commencé sa toilette dans l'intention d'aller le jour même à la clinique à Garches mais ce fut une fausse alerte. Peut-être aujourd'hui? D'après la sage-femme c'est le 10. Tout se présente bien et s'annonce bien.

J'ai pas de nouvelles de Roland depuis son arrivée là-bas sans doute a-t-il beaucoup de travail. Il nous a envoyé sur notre prière un petit quelque chose pour terminer notre mois qui était désastreux. En attendant son aide je recevais d'Anny une lettre gentille avec deux billets de cent francs dedans qui permettaient à Trudi d'acheter encore le pain et le lait quotidien. Est-ce beau la famille? Ça tombe aussi pile chez moi!! Avant cela Anny nous avait envoyé un beau paquet de couches pour Norbert!

Alors, Miaw, où en est la 5e? L'exécution a-t-elle déjà eu lieu?

Cette semaine toi aussi peut-être, j'ai eu des nouvelles, les premières, d'Aline – Déjà arrivée à Dakar elle est maintenant dans les environs où ils attendent de prendre possession d'une résidence après une traversée un peu pénible, Aline se réjouit sur son prochain home qui sera près de la plage croit-elle où elle pourra se baigner car il fait chaud...

Pour en revenir à l'actualité... je ne sais pas très bien comment j'ai attrapé ma fièvre grippale toujours est-il que ce soir là il pleuvait fort et [ce] jour unique je crève un pneu à côté de Rueil. Sous la pluie je réparai en me résignant. Je n'eus aucun mal à emprunter une pompe malgré l'heure tardive pour repartir rejoindre mon foyer. Depuis ce soir je suis dégouté de la randonnée en vélo tellement l'effort physique dans l'état fébrile où j'étais m'a laissé une sale impression.

Aussi depuis hier j'ai repris le train et le métro comme avant – ce qui me donne un peu de temps pour lire. J'ai endossé ta gabardine Miaw! Je l'aime bien elle sent le bon tabac – elle sent "Miaw". Ton costume je vais bientôt l'avoir aussi mais lui il sentait trop la nicotine, maintenant il est "épuré". Et ici toute la journée je porte tes sandales, qui me vont très bien. Le matin quand je pars il fait à peine jour et déjà frais avec le brouillard aussi je ne les mets qu'ici à l'intérieur mais tu vois elles me sont utiles.

J'ai pu rester aussi une semaine avec Clarisse qui ne devait pas embrasser son papa, ce qu'elle aurait tant voulu faire. A la fin lorsque ça allait mieux je suis allé faire une promenade avec elle.

De temps à autres je lui explique les mystères et les beautés de la nature, de la forêt elle écoute gravement comme une histoire qu'elle ne connait pas attentivement et puis plus tard me confiant son extase en montrant autour d'elle du doigt elle dit: "elle est belle ici là!"

Alors vous voyez que tout reva bien. Et chez vous? Que dit notre petite sœur? Embrassez-la bien pour moi – Sa nièce parle encore d'elle quand elle voit ses chaussettes bleues. La grand-mère n'arrive pas à avoir ses papiers pour venir nous voir. Peut-être est-ce mieux – car je me demande comment financièrement nous ferions pour la recevoir.

Je vous embrasse bien fort tous deux et vous dis au revoir en pensant bien à vous

Donald.

De bons baisers de Trudi et Clarisse. Embrassez aussi Marie de nous trois si vous la voyez.