19481025 Donald Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen

Donald Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

Louveciennes, 25 oktober 1948

Louveciennes

le 25-10-48

Cher Miaw, chère Théa,

J'ai encore un retard sur ta dernière lettre qui m'a fait bien plaisir. C'est que je suis encore bien mal installé dans mon grenier et de plus il y a de nouveau des pannes de courant chez nous. Thys ça vaut mieux que tu ne refasses pas connaissance avec ça… Et puis il y a mon horaire de travail qui me fait rentrer une semaine sur deux à minuit alors c'est pas pratique pour écrire. Or ce matin j'ai commencé une semaine où je vais être bien plus matinal que notre ancien coq, et de fait aurait une soirée. Je suis seul dans ma mansarde que je tâche d'embellir le plus que je peux pour que Trudi qui se prépare aussi de son côté, trouve quelque chose de changé. Enfin tout va bien et s'annonce bien. Mon cœur déborde et mon impatience est grande à revoir mes deux êtres. Je tâche de ne pas trop faire du romantisme c'est difficile car mon âme est si vite à nu. La plupart du temps ce sont des sentiments d'allégresse qui y entrent. De temps en temps des pointes qui font mal. L'autre soir Aline m'a joué le début de l'Appassionnata. Qu'il était fort puissant déchirant, le souvenir de Josquin le tien, à travers cette chose sublime! Oui, Louveciennes est plein de passé que l'on voudrait revivre et il faut lui tourner le dos si cher soit-il sous peine d'entretenir des germes de faiblesse! Enfin pour ce soir je termine un peu rapidement en vous embrassant bien fort avant d'aller me coucher pour être frais demain avant le jour...

Je pense bien à vous

Donald.

P.S. Je viens de recevoir un avis d'une banque de St Germain me faisant savoir qu'après votre virement mon compte s'élève à 9.678 francs! Bravo! Merci mille fois: je me demandais justement comment rentrer mon charbon…