19480910 Donald Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen

Donald Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

Neuilly-sur-Marne, 10 september 1948

Ville-Evrard

S – O

Le 10 Septembre 1948

Cher Thys, chère Théa,

Je commence ma lettre avec le sentiment d'un petit garçon qui n'a pas été sage. Voulez-vous bien me pardonner mon retard que j'ai à vous donner de mes nouvelles? Miaw, ta longue lettre de Heerde m'a tellement réjouis il faut que tu le saches; et puis j'ai reçu ta lettre du 3 où tu écris de si jolies choses sur Clarisse. Je n'ai aucune excuse dans mon retard d'exprimer la joie que tu m'as créée avec ces deux lettres si ce n'est que je m'occupe avec les camarades beaucoup à refaire le terrain de sport où nous devons faire une kermesse le 26 de ce mois. Le temps est beau et cette cure de plein air me fait beaucoup de bien. Ça me fatigue surtout un peu de sorte que je prends la plume avec plus de difficulté, surtout s'il faut que je le fasse dans la seule salle de récréation où le poste hurle toute la journée.

J'espère que Théa s'est bien reposée pendant ces jours d'exhil [lees: exil] pour ainsi dire, et toi Miaw tu as certainement aussi apprécié ce repos? Comment avez-vous retrouvé la ville avec sa nouvelle reine?

Tu me demandes, Thys, si tu peux lire quelques lettres de Trudi. Je te les envoie avec plaisir pour que tu voies un peu plus de l'être cher à qui je me suis uni si loin de toi et que j'ai été si maladroit à te révéler jusqu'ici comme tu m'en as exprimé le regret il n'y a pas longtemps. Je dis bien maladresse car tu sais combien j'aime tes sphères harmonieuses et mon désir d'y pénétrer avec l'être aimé ne peut être que très grand. Mais vaincre les distances de l'espace pour de jeunes esprits n'est pas chose si facile. Espérons que l'avenir nous aidera.

Tu voudrais bien voir clair dans mon avenir, savoir à quoi t'en tenir, n'est-ce pas? Je crois très fermement sortir de l'hôpital à la fin du mois (quoiqu'il puisse toujours y avoir un démenti). Pour ce qui est de la santé tout va bien: j'ai terminé mon traitement stimulant il y a deux jours, et je suis en pleine forme. Pour la question travail je vais la résoudre avec Christian. Mon examen pour le dessin industriel est loupé malheureusement. Aux dernières nouvelles j'en conserve la possibilité d'en préparer un ultérieur. En attendant je prendrais ce que m'offrira Christian qui doit venir précisément à la fin du mois à Paris. Ça a tout l'air d'un changement de "port d'attache" n'est-ce pas? Les idées que tu me suggères m'ont beaucoup fait réfléchir. Je me fais penser à l'âne de Buridan... Finalement, je crois que changer de port ne sera pas mauvais, surtout après avoir entendu des préjugés qu'attachent les employeurs surtout, à ce type qui sort de ce genre d'hôpital. Savais-tu que ça a une drôle de renommée? Choisir un emploi à Vienne m'a paru une solution difficile à réaliser, le nombre de civils étrangers étant très limité du moins du temps où j'y étais. Les formalités sont très sévères. Peut-être plus tard...

J'ai beaucoup pensé à toi ces derniers jours. La tristesse m'a envahi bien des fois au souvenir de cette péniche. Des élans d'amour harmonieux m'ont fait vibrer et ont atténué ma peine du souvenir. J'avais tant voulu t'écrire pour te dire ma confiance en la volonté de Dieu mais c'est si difficile de trouver l'atmosphère ici.

Enfin je t'embrasse bien fort Miaw et Théa aussi en pensant bien à vous

Donald