19450125 Matthijs Vermeulen aan Donald Van der Meulen

Matthijs Vermeulen

aan

Donald Van der Meulen

Louveciennes, 25 januari 1945

Louveciennes (S et O)

2 Rue de l'Etang

le 25 Janvier 1945

Mon bien cher Donald,

Juge de notre étonnement, de notre joie, de notre curiosité (qu'est ce qu'il peut donc avoir fourré dedans!) lorsque Anny, ayant sauté dans le train, ayant atteint la Ville Lumière et la rue Lecomte, en revint bredouille parce que (je te le donne en cent, en mille) parce qu'elle ne pouvait pas soulever ton colis, le poids dépassant ses forces qui pourtant sont estimables.

C'est pourquoi, comme disent les célèbres orateurs, je te noircis encore cette page du Writing Tablet, afin de m'engourdir les doigts sur ma table glacée et de te raconter les derniers événements.

Hier, Donald, le même jour où je ramassai dans la cave la dernière biche de notre chêne historique (ce sera bientôt un an, la nuit du 8 au 9 Février: commémore cela dans ta pensée) le même jour où cet inoubliable arbre finissait en fumée, j'ai reçu un beau stère de bois. Devine par qui? Par la chère petite Aline. Elle est allée elle-même marchander cette affaire avec sa mère, pour être plus sûre, dans la propriété de Coty. Elle-même l'a amené ici sur un traîneau, aidée par Roger, le frère de Juliette, encore un autre copain que je ne connais pas, et même M. Leduc qui était du premier voyage. Il est le tiers plus volumineux que les stères de Lacroix l'Auvergnat et ne me coûte que le prix relativement modique de 700 francs, plus 100 francs que j'ai donnés pour le transport.

J'étais touché, pour te dire la vérité remué. A cause de la coïncidence avec ce chêne. C'est comme si je recevais ce stère encore de Josquin. Et je ne sais pas au juste pourquoi mais j'aimais tellement et j'aime tellement recevoir quelque chose, une toute petite chose, de lui, et recevoir quelque chose de toi. Non, pas tant pour les billes, mais pour le jeu de votre bon, beau et vrai cœur que je trouve admirable et où je puise souvent une singulière, une mystérieuse chaleur.

Comme ça je ne terminerai ma V symphonie ni dans le froid, grâce à lui, ni dans la faim, grâce à toi. Comme cette collaboration m'est chère, et comme souvent elle me réconforte dans mes tourments, musicaux et autres!

Voilà, cher Donald, un écho de moi-même. Je regarde souvent ton lampadaire sur mon piano. Il est toujours là. Que je puisse bientôt l'allumer de nouveau, quand toi tu seras là aussi.

Je t'embrasse bien fort et sans paroles pour t'exprimer comme tu m'es près du cœur et comme j'apprécie le bien que tu me fais avec le mal que tu te donnes. Et je retourne avec plus de courage à mon travail!

Ton

Thys

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA