19440924 Josquin Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen en overigen

Josquin Van der Meulen

aan

zijn ouders, zuster, broers en verloofde

leger te velde, 24 september 1944

Aux armées le 24. Sept. 1944.

Très cher Theys, très chère Fofo, très chère Anny, très cher Donald, très cher Roland, et petite Aline chérie,

Voilà une petite lettre qui vous donnera quelques nouvelles du "voyageur". T.V.B. Je viens d'écrire à Aline une lettre dont j'ai eu du mal à trouver les éléments. Ce n'est pas que les choses à dire manquent mais on ne peut pas parler "pays" alors il reste peu de chose. C'est pourquoi Aline a trouvé dans sa lettre mes confessions. C'est curieux la vie. Chaque jour je me découvre comme un terrible orgueilleux. Voilà ce que la guerre m'apprend. Ensuite je vois que l'homme est bien faible lorsqu'il veut marcher tout seul. Après je constate que ça ne me va pas de juger les copains et de leur faire la morale. A chaque fois que ça m'est arrivé quelques jours après je trébuchais moi-même dans des proportions bien moins grandes que les copains mais grandes pour moi qui m'imaginais infaillible. "Si vous occupiez vos pensées avec d'autres choses que des insanités ça ne vous arriverait pas." Je leur disais ça il n'y a pas longtemps. Toc! La semaine d'après je m'égarais moi-même sur un petit sentier bien gentil mais qui sans la Providence m'aurait peut-être amené à d'autres concessions. Seigneur merci à l'avenir je fermerais ma bouche, et je m'appliquerai mes belles théories avec plus de sérieux.

Vous devez penser Josquin est encore plus rasoir que Roland dans ses lettres. Oui je me riais de Roland lorsqu'il nous confiait ses difficultés mécaniques. A peine suis-je en mesure de vous écrire que j'en fais autant. Pauvre type! Si seulement je m'améliore un peu?

Je pense beaucoup à vous tous et aux difficultés que vous devez avoir. Je voudrais pouvoir être plus près et vous aider. Dès que je le pourrai je vous enverrai mes économies, je vous l'ai écrit lorsque j'étais en Corse. Depuis elles ont un peu augmenté. Actuellement je touche environ 1300 par mois. Comme je ne dépense pas beaucoup je peux en mettre de côté. Theys je pense à toi pour le tabac. J'en ai déjà pas mal. L'inconvénient c'est le transport. Actuellement nous ne sommes pas au feu mais dès que nous y serons, j'espère très bientôt, les affaires disparaitront facilement. Alors que deviendra le tabac? A la grâce de Dieu. Je stocke quand même. Pense donc je touche un paquet de cigarettes par jour!

Pour l'alimentation c'est au poil. C'est peut-être monotone mais il y en a. Dans tout ça il y a bien des choses que vous aimeriez avoir. Je tâcherai plus tard avec mes copains de faire quelque chose.

Les chefs et les copains ici sont très bien, alors on peut toujours se rendre service. Ici il y a bien des gens que nous aidons. Ainsi tout le long du chemin. L'enthousiasme patriotique est très grand et de plus les Commandos ont une bonne réputation. Je suis très heureux d'y être. J'aurai toujours eu la joie de servir la France. En contre partie la France se montre plus profondément à moi. Quand je pense à ce que cette petite générosité m'a déjà apporté comme satisfaction intérieure je vois que je reste en compte. Il est certain que jamais [je] n'aurais eu l'occasion de faire un aussi beau voyage à mes propres frais. Peut-être les circonstances empêchent-elles d'en goûter complètement le charme, mais souvent elles permettent de voir des à-cotés instructifs. Malgré tout cela vous ne pouvez imaginer combien il est agréable de mettre les pieds sur un bateau qui vous ramène vers la France. Ça ne m'empêche pas d'en repartir si Elle le veut.

Je disais tout à l'heure que les Commandos ont une bonne réputation. Je viens de me rendre compte que ça dépend chez qui. Comme disait l'autre "Ça fait pâmer les jeunes filles et gueuler les grand'mères". Pourtant des gens biens. Pas seulement des bandits, des tueurs, des sacrifiés. Je me pose comme spécimen!

A part ça rien de neuf. J'attends avec impatience une lettre de vous. Quand avez vous eu les dernières nouvelles de Roland? Ecrivez-moi j'ai soif de nouvelles.

A Noël tous autour de la table!

Je vous embrasse bien fort. Bon courage!

Josquin.

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA