19440911 Josquin Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen en overigen

Josquin Van der Meulen

aan

Matthijs Vermeulen

leger te velde (Corsica), 11 september 1944

Le 11 Sept 1944

Très cher Theys.

Je viens passer quelques instants avec toi. Les souvenirs très chers qui font partir vers toi mes pensées les plus affectueuses me placent en ce moment dans l'état d'âme qui était le mien jadis, pendant nos conversations. Que je remonte à ma prime jeunesse le soir à Bas Prunay, lorsque je revenais de l'école ou à une année en arrière quand après avoir entendu Londres je jouais sous tes yeux mon avenir à pile ou face, la même tristesse m'envahit. Pourquoi? Parce que ma nature mélancolique sait trop bien que jamais elle ne pourra revivre ce temps et qu'aucune amitié, qu'aucun amour ne lui donnera jamais la même impression d'entente intérieure.

Je le dis sincèrement je n'attends pas d'une femme d'être compris comme de toi. Enfin c'est la vie. Surtout ne pense pas que ingratement j'oublie ce passé et que je continue ma trajectoire dans la vie avec l'idée que tu n'en as été qu'un passage. J'en ai souvent donné l'impression mais je m'en suis mordu les doigts, j'ai besoin de toi ne serait-ce que de l'aide de ton âme. Je t'aime encore comme lorsque j'étais enfant et que la seule idée de ta mort me plongeait dans une grande tristesse. Il fallait que je t'écrive cela même si une trop grande sentimentalité semble s'en dégager. Je viens d'entendre deux disques et c'est peut-être ça qui a mis mon âme dans le besoin de dire ce qu'elle éprouve. C'était un extrait de l'oratorio de Noël no 4 de Bach Rejouis-toi Sion et "l'air de la cloche des Agonisants" de la Cantate no 54. C'est magnifique de Foi confiante. Ça chante tellement sincèrement que j'en suis encore plein de joie.

Aujourd'hui – je te dirai plus tard – grand jour.

Au revoir à bientôt. Je t'embrasse bien fort

Josquin.

transcriptie verloren gegaan