19471221 Donald en Gertrude Van der Meulen aan Matthijs Vermeulen en Thea Vermeulen-Diepenbrock

Donald en Gertrude Van der Meulen

aan

Matthijs en Thea Vermeulen

Noyon, 21 december 1947

Noyon le 21 Décembre 1947

Cher Thys, chère Théa,

Enfin j'ai terminé ma série de voyages à intérêt pratique puisque tu les as mis sous ce signe: (j'entends souvent ce "oui mais du pratique!"). C'est donc dans cette nuit traversée de vent froid que je te vis disparaître dans les ombres du port. Il y avait de quoi être romantique. La nuit était belle quoique cette bise au coin des rues était bien désagréable. Quitter son père, sur ce petit pont d'où l'odeur de l'eau montait jusqu'à nous se mélangeant à cette phrase incisive, qui rappelle, qui trace tout à coup la lignée des vies aussi rapidement à travers l'esprit qu'une hache, maniée sûrement, partage en deux les fibres d'une bûche, avait quelque chose de bien pénible. Quelque chose dans laquelle on pouvait puiser au moins la force de passer la nuit à la belle étoile. Errer dans ce décor d'antan était une dérivation à ce trouble nocturne et répondait à mes vues financières portées à l'économie. C'est donc ainsi que se passa la dernière nuit de mon voyage à Amsterdam. Entre autre dans une petite cabine près de la gare (cette gare qui n'a même pas de salle d'attente !) j'ai trouvé une magnifique petite canne en bois assez noble ce qui lui a valu de m'accompagner et de pendre pour l'instant dans ma chambre faisant symétrie à la canne de Vienne laquelle pend sur le côté du cadre de l'image des jeunes mariés (un détail celle de Vienne est plus longue et plus grosse) forme en somme la base de l'harmonie formée par un rectangle le cadre, 2 cannes et une flûte ce qui donne ça à peu près [weergave] la partie inférieure étant en réalité plus développée. Je m'entends un peu là-dessus en passant parce que je trouve ça pas mal étant le résultat du manque de place: il faut trouver de la place pour trois dans une petite chambre or ce motif en plein milieu du mur est très décoratif – Bast!

Le matin je pris donc le train jusque Bruxelles. Là bas je changeais les 20 gulden qui me restaient pour 150 fr. belges. Quand j'eus acheté quelques provisions (oranges, sardines margarines etc...) il me resta de quoi acheter un morceau de pain et je me mis en route vers le Sud. La bonté des automobilistes se fit plus prier qu'à l'aller – au soir seulement après une bonne trotte à pied vint le sauveur: qui me mena à la frontière où j'eus le temps d'attraper une auto arrêtée à la douane laquelle me déposa à Lille vers 10H du soir (le mercredi). Nuit à Lille et le lendemain un peu d'auto, un peu de train, beaucoup à pied j'arrivais à 2H du matin à Noyon après une marche dans la nuit aussi que je ne suis pas prêt d'oublier. Enfin le bonhomme Nicolaus était arrivé avec sa hotte pleine et recevant de la joie suffisamment en retour pour oublier ses peines.

Au début de la semaine suivante je continuais la randonnée sur Paris et vis vos amis les Onnen qui me firent un accueil chaleureux quoique qu'ils ne m'aient pas reconnu tout au début – Frank me donna les premiers cinq mille francs comme je l'avais espéré ardemment puisque mes moyens étaient plutôt réduits. Je repris le contact avec l'école en question où je passai des examens d'orientation et de pesage si l'on peut dire mais malheureusement ne pus profiter des cours de dessin industriel comme je l'espérais le cours commençant au mois de Juillet et réservé aux jeunes démobilisés. On me conseilla de m'orienter dans l'électricité. C'est ce que je vais faire. Je suis inscrit dans un centre qui aura lieu à Paris aux environs du mois de Mars. C'est le plus tôt que l'on pouvait faire en tenant compte de mes "antécédents". Il y a donc un laps de temps à couvrir d'ici là. Il va falloir que je trouve quelque chose entre temps à Noyon, ce que je cherche déjà depuis une semaine. Tu comprends comme ton aide m'est propice et comme je te bénis. Ce stage dure j'allais oublier, 4 mois et demi durant lesquels je toucherai déjà un salaire. D'un autre côté il y a le rapprochement vers Louveciennes. J'ai donc fait ce pèlerinage en ces lieux ensoleillés où l'hiver sec donne de la vigueur au cœur. Sur ces hauteurs longues à gravir, j'ai vu, j'ai senti, j'ai pensé, dans cette paix bienheureuse.

Moins fertile en chose pratique ce village le logement rêvé n'est pas encore découvert pourtant des traces, des pourparlers – J'ai droit à la réquisition, mais il faut que j'indique moi-même les lieux c'est délicat. Alors j'essaye l'entente à l'aimable. L'ancienne poste serait à habiter. Te rappelles-tu? Palewski n'est plus maire mais j'ai vu Mme au cas il pourrait toujours m'aider – jusqu'ici encore rien de neuf.

Bien des salutations naturellement te reviennent de ce bon village où l'on s'inquiète sur ton sort.

Cher Miau, je te souhaite de passer un beau Noël avec mes meilleurs vœux ainsi que pour Théa, avec une bonne couche de neige au bord de ton gracht pour donner plus de féerie encore à tes promenades nocturnes – et puis comme ce bel an se termine mes bons vœux vous accompagnent aussi pour une année où j'espère, nous nous verrons un peu plus.

Je tiens à dire encore merci à Théa pour le bon miel que j'ai remporté: savez-vous qui se délecte le plus encore avec: c'est Clarisse cet ange qui aime tellement sourire et rire. J'aimerais tellement vous la montrer. Elle vous envoie aussi ses vœux qu'elle commence à gazouiller le matin –

Je vous embrasse bien fort à l'occasion de ces fêtes et attend de vos nouvelles

Donald.

Mes meilleurs vœux pour Noël et le jour de l'an à tous deux

de votre fille

Trudi

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA