19300718 Henry Prunières aan Matthijs Vermeulen

Henry Prunières

aan

Matthijs Vermeulen

Parijs, 18 juli 1930

Paris, le 18 juillet 1930

Cher Monsieur VERMEULEN,

Je comprends tous vos scrupules, mais vous comprenez aussi qu'il faut bien que je sache si je puis compter sur vous pour ALCESTE.

Vous ne m'avez pas bien compris si vous avez cru que je désirais vous lier pour une durée indéterminée à mon œuvre. Je croyais eu contraire vous être agréable en prenant cette obligation envers vous, mais je ne demande pas mieux que de faire chaque année un contrat nouveau pour chaque nouvel opéra.

Ce qui, je vous l'avoue, dans votre lettre me choque beaucoup, c'est la conviction qui perce d'un bout à l'autre, que l'édition LULLY est une affaire qui doit rapporter de l'argent, et où l'on cherche à vous exploiter. Si vraiment vous avez de telles pensées, je préfère renoncer à votre collaboration, si précieuse soit-elle.

Nous nous sommes engagés à donner un gros tome et deux tomes plus petits à nos souscripteurs, pour la somme de 500 frs. l'Editeur Anglais souscrit cent exemplaires à moitié prix, soit 250 frs. Presque toutes les autres souscriptions nous viennent par l'Universal Edition à laquelle nous faisons 40%, en attendant qu'elle atteigne un certain chiffre, après quoi nous lui ferons aussi 50%. Or, le prix de revient exact du premier tome dépasse 110 frs! Vous comprenez, dans ces conditions s'il est question pour nous de bénéfices, même si l'édition était intégralement souscrite. Dans ce dernier cas seulement je prévois une perte minima de 100.000 frs, mais il est infiniment probable que cette perte sera supérieure.

Personnellement je ne touche absolument rien pour m'occuper de cette édition, et n'en tire qu'un profit moral, que je suis d'ailleurs loin de dédaigner.

Si je suis oblige de vous demander de renoncer en échange de la somme de 5000 frs que je vous paye, à tous droits sur les morceaux choisis éventuellement pour une antologie, c'est que j'espère peut-être par là rattraper quelques centaines de francs, et nous aider à achever l'œuvre. Cela, mes autres collaborateurs l'ont très bien compris.

En ce qui concerne les nuances, j'estime que nous n'avons absolument pas le droit de nuancer de façon minutieuse un texte comme celui-là que nous devons nous borner à des indications sommaires: forte, piano etc... destinées à guider un peu le lecteur, mais sans vouloir lui imposer une manière de voir toute arbitraire.

Dites-moi, Cher Monsieur VERMEULEN, si nous sommes d'accord pour faire l'édition d'ALCESTE dans ces conditions (ce qui d'ailleurs vous donnera beaucoup moins de mal qu'en nuançant minutieusement comme vous l'avez fait pour Cadmus); dans ce cas ayez l'obligeance de me renvoyer la lettre que je vous ai adressée précédemment, et dont je ne retrouve pas la copie dans mon dossier. Je la ferai taper à nouveau de manière à ce qu'elle se rapporte exclusivement à Cadmus et Alceste, vous laissant toute latitude de continuer pour les opéras suivants, ou d'interrompre votre collaboration, à votre gré.

Veuillez croire, Cher Monsieur VERMEULEN, à mes sentiments les plus sympathiques.

H Prunières

Verblijfplaats: Amsterdam, Bijzondere Collecties UvA