Matthijs Vermeulen

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MATTHIJS VERMEULEN (1888-1967)
 
Matthijs Vermeulen, nom de baptême Matheas Christianus Franciscus van der Meulen, est né le 8 février 1888 à Helmond aux Pays-Bas. Fils ainé d'un forgeron, il voulait suivre les pas de son père après l’école primaire. Toutefois, un sérieux ennui de santé rendant impossible la pratique de ce métier, il prit la décision de devenir prêtre. Au séminaire, la découverte du contrepoint des maîtres polyphoniques du 16ème siècle fut pour lui le révélateur de sa vraie vocation: la musique. Il renonça à son projet sacerdotal et quitta le séminaire. Au printemps 1907, à l’âge de dix-neuf ans, il s'installa à Amsterdam, centre musical du pays.
il prit contact avec le directeur du conservatoire, Daniël de Lange (1841-1918), qui reconnut son talent et lui donna gratuitement des cours pendant deux ans. En 1909, Vermeulen commença à écrire pour le journal catholique De Tijd où son ton personnel et déterminé le distingua du verbiage des critiques musicaux de l’époque. La qualité de ses articles attira aussi l'attention du compositeur Alphons Diepenbrock (1862-1921) qui recommanda Vermeulen à l'hebdomadaire progressiste De Amsterdammer. C'est dans ce magasine que Vermeulen se révéla comme le champion de la musique de Debussy, Mahler et de Diepenbrock, qu'il nommera plus tard son maître spirituel.
Au cours des années 1912-1914, Vermeulen composa son Opus 1, la Première Symphonie. Dans cette oeuvre, il utilise une technique à laquelle il demeurera fidèle pendant tout le reste de sa vie: la polymélodie. Quant au contenu des textes qu'il choisira en 1917 pour quatre chansons, il témoigne de son horreur des violences qu'entraîne toute guerre. En outre, les éditoriaux dans De Telegraaf, journal pour lequel il collaborait comme responsable de la section Arts et Littérature, montrent que pour lui la politique et la culture ne peuvent être séparées. Régulièrement il prononçait son indignation sur la force des armes exercée par l’armée allemande contre la population civile et le patrimoine culturel de la Belgique et de la France du Nord.
Le combat qu'il mena avec sa plume contre l'orientation partisane de la vie musicale hollandaise en faveur de l'Allemage lui valut de nombreux déboires. Ainsi, c'est après une attente d'un an que sa Première Symphonie, qu'il avait présentée à Willem Mengelberg, le chef du Concertgebouw Orchestre, pour qui il avait une profonde admiration, fut rejetée. Vermeulen comprit que ses oeuvres pour orchestre ne seraient pas jouées à Amsterdam. De même, la première de sa symphonie par l'orchestre d'Arnhem en mars 1919 connut les pires vicissitudes. En dépit de tous ces obstacles, Vermeulen commença peu de temps après sa Seconde Symphonie. Un an plus tard il put faire ses adieux au journalisme et se consacrer à la composition grâce à l'aide financière d'amis. Après un dernier et vain contact avec Mengelberg, Vermeulen quitta la Hollande en 1921 pour s'installer avec sa famille en France dans l'espoir d'y trouver un climat plus favorable à sa musique. C'est là, à La Celle Saint-Cloud près de Paris, qu'il composa sa Troisième Symphonie, son Trio à cordes et sa Sonate pour violon et piano.
Comme le monde musical français restait insensible à sa musique, Vermeulen dut se tourner une fois de plus vers le journalisme. En 1926, il devenait correspondant de Soerabaiasch Handelsblad, un journal des Indes Orientales Hollandaises. Chaque semaine pendant quatorze ans, il écrivit deux articles sur tout sujet, en général hors du domaine musical. La demande, qu'il reçut en 1930, d'écrire la musique pour le théâtre de verdure De Vliegende Hollander de Martinus Nijhoff lui redonna courage. Neuf ans plus tard, le fait qu'Eduard van Beinum, sous-chef du Concertgebouw Orchestre, conduise sa Troisième Symphonie à Amsterdam fut un nouveau signal positif. Pouvoir être finalement confronté à la réalité de sa musique confirma la validité de son approche. Les titres de sa Quatrième et Cinquième Symphonie, Les victoires et Les lendemains chantants, composées dans les années 1940-1944, prouvent sa confiance dans l'issue favorable de la guerre.
A l'automne 1944, Vermeulen dut faire face à deux malheurs: à peu de temps d'écart, il perdit son épouse Anny et son fils le plus cher Josquin, membre de la résistance et mort au combat. Son journal, Het enige hart (Le cor unique) retrace de façon émouvante son processus de deuil. A la recherche d'un sens pour la perte d'êtres chers, Vermeulen en vint à une construction philosophique qu'il développera ensuite dans son livre Het Avontuur van den Geest (1947), paru en 1955 à Paris sous le titre L'Aventure de l'Esprit.
En 1946, Vermeulen épousa Thea Diepenbrock, la deuxième fille de son ancien guide spirituel. De retour aux Pays-Bas il recommença à collaborer pour De Groene Amsterdammer où ses articles sur la musique font référence tant au niveau national qu'international. En 1949 sa Quatrième et Cinquième Symphonie furent jouées.
Le développement de la guerre froide le touche profondément car politique et société demeurent sa passion. Il craint une confrontation nucléaire et s'élève violemment contre la course aux armements dans plusieurs articles. Durant la première grande manifestation en faveur de la paix, il prononce ces mots qui feront date: "La bombe atomique est une arme contre la vie, contre Dieu et contre les hommes."
La Deuxième Symphonie (1919-1920), jamais exécutée, reçut un prix au Concours Reine Elisabeth à Bruxelles en 1953 et fut jouée à Amsterdam pendant le Festival de Hollande en 1956. Dans la même année Vermeulen emménagea avec sa femme et sa fille à Laren où il connut une nouvelle période de créativité. Il composa la Sixième Symphonie, suivie de plusieurs chansons, et du Quatuor à cordes. Sa dernière oeuvre, la Septième Symphonie, Dithyrambes pour les temps à venir, reflète une confiance inébranlable dans l'humanité. Après une longue et douloureuse maladie, le compositeur s'éteint le 26 juillet 1967.
traduction : Clémence Comte
 
 
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